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Kayoko Shibata habitait la ville voisine d'Hiroshima lorsque... (Photo Martin Leblanc, collaboration spéciale La Presse)

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Kayoko Shibata habitait la ville voisine d’Hiroshima lorsque la bombe atomique a été envoyée sur la ville.

PHOTO MARTIN LEBLANC, COLLABORATION SPÉCIALE LA PRESSE

Michèle Ouimet
La Presse

(FUKUSHIMA) Le matin du 6 août 1945, Kayoko Shibata, 15 ans, se rendait à pied à son travail, dans une usine. Elle n’allait pas à l’école, car elle devait participer à l’effort de guerre.

Elle ne se rappelle plus s’il faisait beau. «Tout était calme, c’était une journée ordinaire», dit-elle.

À 8h16, elle a vu une lumière aveuglante illuminer le ciel. Elle ignorait que c’était une bombe atomique qui venait de pulvériser Hiroshima, la ville voisine.

Hiroshima s’est aussitôt transformé en fournaise. Des 90 000 immeubles, 60 000 ont été détruits. Les gens brûlés se jetaient dans la rivière pour rafraîchir leurs blessures, mais l’eau bouillait.

 

Environ 75 000 personnes sont mortes sur le coup. Dans les semaines suivantes, le nombre de morts a grimpé à 125 000. Parmi eux, la mère de Kayoko.

Kayoko ignorait tout cela. Après avoir regardé la lumière éblouissante, elle a continué son chemin. Elle vivait à Fukuyama, à 100 km d’Hiroshima.

Après avoir largué la bombe atomique sur Hiroshima, les Américains ont pilonné Fukuyama. C’était le chaos, le Japon était en train de perdre la guerre.

Kayoko s’est battue pour sortir vivante de cet enfer. «Tout le monde essayait de sauver sa peau, dit-elle. Personne ne savait vraiment ce qui se passait. Fukuyama se battait et Hiroshima brûlait.»

Kayoko ignorait que sa mère était morte. Elle a su la vérité un an plus tard. La bombe, la mort de sa mère, le dos brûlé, ses souffrances. Elle ignorait que les Américains avaient lancé des bombes atomiques sur son pays. «À l’époque, il n’y avait pas d’information, précise-t-elle. Ce n’est pas comme aujourd’hui.»

Un oncle de la famille a fait des recherches pendant un an avant de découvrir ce qui était arrivé à la mère de Kayoko. Il a retrouvé la maison où elle s’était réfugiée après avoir été brûlée. Elle avait marché jusque-là pour échapper à la chaleur dégagée par les 15 kilotonnes de la bombe.

Le propriétaire de la maison avait recueilli plusieurs blessés. Il se souvenait de la mère de Kayoko. Elle avait griffonné quelques mots sur un bout de papier avant de mourir. «Je marche sur une route tapissée de fleurs», avait-elle écrit.

Kayoko était ébranlée. «J’avais tout perdu, ma mère, ma grand-mère, ma maison, ma ville. Je n’arrivais plus à trouver un sens à ma vie.» C’est là qu’elle a vu une affiche de la congrégation de Notre-Dame, fondée à Montréal par Marguerite Bourgeoys. Elle a décidé de se convertir à la religion catholique. «Je me suis dit que je trouverais peut-être des réponses.»

Kayoko Shibata, tout juste avant le bombardement d'Hiroshima.... (Photo Martin Leblanc, collaboration spéciale La Presse) - image 2.0

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Kayoko Shibata, tout juste avant le bombardement d’Hiroshima.

PHOTO MARTIN LEBLANC, COLLABORATION SPÉCIALE LA PRESSE

La congrégation avait un couvent à Fukushima, une ville sans histoire où Kayoko a coulé des jours heureux. Jusqu’au 11 mars dernier. Fukushima est à 60 km de la centrale nucléaire fissurée par le tremblement de terre. C’est là que je l’ai rencontrée. Elle est devenue soeur Shibata.

Dans un salon feutré, à l’entrée du couvent, soeur Shibata feuillette un album de photos. Elle tourne lentement les pages, qu’elle caresse de sa main veinée. Elle tombe sur une photo de famille qui date de 1931: sa mère, jeune, belle, la peau diaphane, un sourire heureux à peine esquissé. Elle porte un kimono et ses cheveux sont noués en chignon. À ses côtés, un gros bébé joufflu. C’est elle, 100 jours après sa naissance. Derrière, le père, grand, svelte, la mine sévère.

Soeur Shibata referme l’album en soupirant. Le 11 mars, dit-elle, son bonheur tranquille s’est pulvérisé. La centrale de Fukushima a craché des vapeurs radioactives, semant la panique dans la ville, même si elle est située à 60 km du réacteur. «Le tiers de la population et la moitié de nos enseignants ont fui», soupire-t-elle.

Le désastre a réveillé des souvenirs douloureux. Les vieux démons qu’elle croyait avoir enterrés après la mort de sa mère sont revenus la hanter.

Ce qui l’inquiète le plus, c’est l’ampleur réelle du désastre. Qui dit la vérité? Le réacteur surchauffe toujours…

«Le gouvernement n’arrête pas de nous dire: ne vous inquiétez pas! dit soeur Shibata. Mais il n’y a rien à faire, nous sommes inquiets.»

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